Fabian Culot

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Le cimétière des Nations passe par un accord sur BHV

Certes l’accord sur BHV (pour ce que l’on en connait à ce jour) ne parait pas parfait pour les francophones – reste que, s’il l’était, il n’y aurait tout simplement…pas d’accord ; certes il y a quelque chose de pathétique à vouloir faire avancer un Etat en consacrant des régressions démocratiques ; mais de quelle ampleur seraient ces régressions s’il n’y avait pas d’accord du tout, si des communauté culturelles différentes venaient à constater qu’elles ne peuvent plus s’accorder sur rien?

Ernest Renan, philosophe français du 19è siècle – que j’ai beaucoup lu avant de rédiger mon discours prononcé à l’occasion de la rentrée du barreau de Liège de l’année dernière, discours intitulé « Le cimetière des Nations » – définissait la Nation par deux critères: le premier est la « possession en commun d’un riche legs de souvenirs », et le second est « le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis ».

Cette suprématie de la volonté du « peuple » était toutefois tempérée par Renan lui-même, qui n’hésitait pas à mettre en garde:

« La sécession, me direz-vous, et, à la longue, l’émiettement des Nations sont la conséquence d’un système qui met ces vieux organismes à la merci des volontés souvent peu éclairées.

(…)

Les Nations sont les organes providentiels de la vie spirituelle de l’humanité. La suppression ou l’atrophie d’un membre fait pâlir tout le corps ».

Beaucoup plus récemment, c’est un libéral bien connu, Guy Verhostadt, qui disait ceci:

« Quoi qu’il en soit, l’avenir de l’Europe ne réside absolument pas dans une quête de la ou des identités nationales. L’avenir ne réside pas dans une somme des identités nationales. Dans l’Europe d’aujourd’hui, « l’Europe des Nations » est un reliquat du passé. C’est une Europe incapable de résoudre les problèmes. Et c’est une Europe qui ne jouera plus qu’à grande peine un rôle dans le monde multipolaire du XXIème siècle. En un mot, l’avenir de l’Europe et de l’Union européenne sera post-national, ou ne sera pas ».

Quant à moi, je concluais mon discours par ceci:

« Je répugne les nationalistes et les extrémistes, car leur philosophie ne mène qu’à la violence, au rejet et à l’exclusion.

J’estime toutefois que le monde n’est pas prêt à ne former qu’un tout, et qu’il est impératif de respecter les cultures et les civilisations.

Du reste, l’humanité n’aurait rien à gagner de la mise en place d’un seul et même ordre mondial, qui gommerait les différences, effacerait les particularités culturelles et conduirait à une uniformisation très fade de notre société.

Les Nations ne nous ont pas apporté que les nationalismes. Elles sont plus, et parfois ça à la fois. Leurs conceptions sont, nous l’avons vu, intrinsèquement liées à l’histoire des peuples, empruntes de souffrance, de morts, mais également de ce qui fait le meilleur chez l’homme : le désir de paix, le travail et le progrès.

RENAN avait raison : nous sommes les héritiers de tout cela à la fois.

Mais nous sommes également, aujourd’hui bien plus encore qu’au XIXème siècle, des hommes libres et égaux, dotés d’une intelligence, d’un coeur et d’une raison.

Alors si les Nations se sont créées sur les champs de bataille, si elles ont sacralisé les morts et les cimetières pour justifier le rassemblement des vivants et leur allégeance à une même autorité, nous avons aujourd’hui notre destin entre nos mains.

Je ne sais pas si demain, ou après, les Nations elles-mêmes finiront ensevelies dans des cimetières, mais je sais en tout cas que si leur passé est constitué de morts et de souvenirs, leur présent a un immense besoin des vivants et de projets de vie et d’avenir de nature à les fédérer.

C’est à la grandeur de ces projets que l’on pourra juger la grandeur des hommes qui les auront portés.

Si nous n’y parvenons pas, alors aujourd’hui, il faudra se résigner à ce que les contours des Nations soient redessinés sur la seule base des différences socio-économiques, et l’on rassemblera alors les forts pour isoler les faibles.

Tandis que demain, lorsque nous serons confrontés aux conséquences des dérèglements climatiques, faute d’avoir pu adopter des mesures à échelle universelle qui seules auraient pu les prévenir, nous nous résignerons encore au tracé de nouvelles frontières, afin de garantir ce qu’il restera du bien-être aux seules populations des régions dont le climat sera le moins affecté.

Lorsque nous nous apercevrons que c’est cette voie là que nous avons empruntée, alors nous n’aurons peut-être pas enterré nos Nations, mais nous aurons enterré nos rêves ».

C’est à tout ceci, je le crois sincèrement, auquel nous devons être attentifs lorsque nous analysons l’accord intervenu cette nuit.

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